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    Chapitre Final : L'Inébranlable, la Disciple et la Rose de Sang

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    La Rose de Sang

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    Date d'inscription : 10/05/2017
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    Chapitre Final : L'Inébranlable, la Disciple et la Rose de Sang

    Message par La Rose de Sang le Dim 18 Nov - 1:07




    L'Inébranlable, la Disciple et la Rose de Sang




    Cela venait de faire un mois et quelques jours que l’expédition en Nazmir s’était terminée. Et même si le repos avait été court suite à cette campagne en territoire barbare, la Templière éprouvée mais toujours aussi tenace suivie de sa fidèle Écuyère étaient reparties calmement mais sûrement vers les terres du Nord dans le Royaume de l’Est. Bras armés du conclave, elles mettaient un terme radical aux injustices rencontrées sur leur chemin. Un chemin parsemé d’un tutorat bienveillant, de récits personnels, de prières et de volonté d’accomplir ce qui devait être fait. Pleasance voyait en Eirin bien des choses, surtout la jeune fille perdue qu’elle était et le chemin plus droit qu’elle empruntait en se joignant à la Phalange d’Albâtre. Ses mauvaises manières et ses paroles grossières devaient finalement la faire sourire intérieurement. Pleasance n’était pas paladin. Son Maître, elle, Cadenthre d’Avesnes en avait le titre. Loin d’être la meilleure personne qui puisse être sur terre, le côté vindicatif de la Croisée prenait des travers extrémistes surprenant, capable de percer de sa lame le premier vagabond un peu louche qui violentait sans respect et avec ricanements les gamins passants. Elle avait été trouvée comme Chevalier errant par l’Ordre d’Albâtre, l’un des anciens adoubés chevaliers du Duché de Châteauneuf de Rostynienne. Désormais, sa quête se voyait de transmettre et partager son savoir avec cette singulière mais attachante Écuyère, qui sait, peut-être allait-elle devenir futur Templier de l’Ordre.










    Jour 14, mois 11, an 38. Ancienne ville de Sharburn, Terres du Royaume de Lordaeron.

    Sharburn, c’était exactement ce qu’on pouvait encore lire sur la pancarte sud aux abords de l’ancienne ville humaine. La mousse envahissait le bois, au flanc de l’enseigne. Les intempéries, le vent et quelques serres d’oiseaux de proie avaient bien abîmés l’intérieur ainsi que le pourtour. La ville avait souffert de la rébellion contre les envahisseurs non-morts, mais loin d’être sur un point stratégique, avait été laissée à l’abandon. Ancienne bourgade où le commerce apportait beaucoup dans l’économie et la pérennisation pour survivre au fil des années, elle n’avait jamais compté sur une grande force militaire. Lorsque les nouvelles noires arrivèrent en parlant des réanimés marchants qui fonçaient sur la ville, Les habitants et les habitués n’eurent pas long à déserter les murs pour rejoindre au plus vite la Capitale de cette partie du Royaume : Lordaeron. Quelques vitres cassées ici et là, des portes enfoncées ou arrachées, des départs de feu avec quelques bâtiments gravement touchés. Au mieux, il aurait été à penser que la marche impie avait pris quelques temps de repos au sein de Sharburn pour poursuivre son invasion en la délaissant finalement.

    De la pluie, encore et toujours, bien que fine. Le soleil s’engonçait et se cachait derrière de gros nuages gris. De ces temps maussades où la luminosité arrivait à faire froncer les traits de ceux qui avaient les yeux les plus clairs. L’heure devait être à seize pour un bon croissant de quart entamé en minutes déjà. Les sabots ferrés faisaient ventouse dans la terre meuble et boueuse avant de finalement trouver un semblant de rue pavée. Il fallait dire que l’herbe s’était immiscée en le plein milieu, même à soulever la chaussée. Le temps avait fait son œuvre. Pour d’autres raisons inconnus, il manquait bien des blocs à ce grand puzzle au sol.

    Les chevaux s’arrêtèrent à hauteur de l’enseigne « Sharburn ». Le premier était monté par une grande et forte dame armurée d’une carcasse immaculée et brillante qui liait l’argent, l’or et le blanc. Une grande épée bâtarde au flanc gauche, capable de toucher le sol dans son fourreau une fois à terre. Son casque n’était pas mis cette fois. Son regard diffusait de manière sereine des effluves magiques d’une pureté incroyable et Divine. Précédée, bien que désormais à hauteur, d’une jeune fille, elle aussi dans une armure, bleue, mais néanmoins les similaires couleurs sur le tabard. Une même épée capable d’être prise à une ou deux mains suivant les circonstances, dans le dos, et un libram à la ceinture qui attestait certainement qu’elle était bien paladin… Ou alors, les circonstances étaient toutes autres…

    La Croisée observait le panneau d’entrée. Les cheveux des deux voletant avec douceur au gré d’un vent fin. Les gouttelettes d’eau qui tintaient sur les armures renforçaient le côté serein de la scène.

    - Elle a pas l’air bien abîmé cette ville là. Vous pensez qu’on va trouver ces écervelés ici, Templière, histoire qu’on leur botte le cul ?

    Les iris certainement bien présents sous cet embrun divin, la Chevaleresse observa sur les devants cette seule et unique rue, entourée de maisons typiquement humaines. Plus loin se dessinait les hauteurs d’une église ou d’un imposant monument qui devait appartenir à la Lumière.

    Calmement :

    - Je ne sais pas Eirin. Et tu peux m’appeler Pleasance, je te l’ai déjà dit. Quoiqu’il en est, nous avons bien voyagé. Nous allons prendre nouvelles de la maison de la Lumière, là-bas, tandis que son index venait de pointer le sommet du bâtiment, nous laisserons les chevaux se reposer courtement pendant que nous honorerons Sa mémoire. Puis nous continuerons, le soleil n’est pas encore couché mais il ne tardera pas, l’hiver approche.

    Eirin venait de plisser son nez en fermant un œil histoire d’inspirer, enfin la jeune fille opina en direction de son mentor.

    Les deux talons droits des bottes vinrent trouver avec un calme relatif et coordination les côtés des équins pour les faire reprendre au pas.

    Le paysage défila, ou du moins les bâtiments. Des locaux personnels, des appartements privés. Une enseigne d’un ancien boucher qui faisait face à une boulangerie, plus loin encore la taverne du « Maître Goupil ». La rue, assez grande pour naviguer pleinement à deux chariots se croisant dans le passé montait de quelques degrés qui devaient au mieux être pénibles pour ceux qui faisaient des allers-retours quotidiens d’un bout de Sharburn à l’autre. Quand l’eau stagnante ne s’écoulait pas dans les rigoles des trottoirs en quelques tranquilles ruissèlements, elle s’infiltrait dans les rainures des pavés ou les brèches que représentaient les absents.

    Enfin la place principale se dévoila. Elle était grande. Le carrefour de cinq rues. Deux prenaient naissance sur les côtés de la concathédrale qui faisait face désormais aux deux voyageuses. Deux autres en angles droits de leur position à quelques mètres, une à droite, l’autre à gauche. Et la dernière d’où venaient les deux Combattantes d’Albâtres. Il se faisait facile d’imaginer les jours radieux où le marché grandissait au fil des étales qui se structuraient.

    Pleasance et Eirin prirent temps pour observer tout cela. Pas même le vitrail de la grande bâtisse n’avait été abîmé, rayonnant de couleurs, bien que sans avoir le soleil à taper contre.

    - Elle est vraiment impressionnante, moins que Faol mais quand même. Comment une aussi petite ville pouvait-elle avoir une aussi grande cathédrale ? Et surtout pourquoi on ne parle pas de la Cathédrale de Sharburn ?

    - Il reste bien des choses que le passé a effacé Eirin. Des mémoires et des cartes... Sens-toi petite face à tous ces gens qui ont dû aller en son dedans.

    - J’imagine clairement, ouais. Et aussi les casses-couilles à la De Boiseterre à faire la roue comme le paon, devant.

    La jeune fille sourit en coin, cette idée l’amusait grandement, mais c’est vite que ses yeux se firent ronds quand elle comprit le peu de délicatesse qu’elle avait employé. Quelques rougeurs vinrent s’apposer sur son minois, le regard quelque peu fuyant, à chercher de timides coups d’œil le pardon de sa proche cavalière. La Templière secoua la tête dans un souffle trahissant un éphémère amusement.

    - Tu ne changeras jamais Kahlan. En avant, désigna-t-elle d’un geste de la tête vers le bâtiment Sacré.

    Les deux avancèrent de quelques mètres, de quelques bons mètres même, à hauteur de la moitié de cette place principale. Des corbeaux naviguaient et croassaient en virevoltant dans le ciel, mais elles n’en étaient que très peu soucieuses. Ces oiseaux étaient devenus des compagnons de route depuis le temps, parfois les seuls durant de longues traversées solitaires.









    Eirin arrêta doucement sa monture, celle de Pleasance à continuer lentement. La jeune fille observa à ses arrières, intriguée bien que la mine légèrement renfrognée.

    - Tout va bien Kahlan ? d’une voix calme et pourtant détachée.

    - Heu, ouais oui. J’ai juste cru… plus bas, avoir entendu des … trucs. Puis son nez se levant vers les cieux. C’est les piaffes. Un trop court sourire naquit sur ses lèvres à l’intention de la Croisée pour reprendre.

    - … Enfin… retrouvées…
    - … Le passé arrive toujours à ses fins …
    - … Telm’ethil Iss …
    - … Hhhhhhhshhhh...
    -  … abandon… la rue …
    - … Hhhhhhhshhhh...
    -  … Simael sha’tla to…
    - … Sh...am...La...Talo… Kso…
    -  … Hhhhhhhshhhh…

    Une voix. Puis deux. Puis trois. Cinq. Une dizaine. Une foule. Susurrées. Chuchotées. Singulières. Uniques. Jamais l’une pareille à une autre. Elles venaient d’accabler l’Écuyère de tous les côtés. Parfois proches, parfois éloignées. Parfois à un mètre de ses bottes, parfois à l’entrée lointaine des autres ruelles. Eirin fronça définitivement les traits en secouant la tête.

    - Templier, là j’entends des trucs et c’est pas normal je crois.

    La Croisée venait de s’arrêter à son tour. Sa tête tournée légèrement en arrière comme pour écouter ou garder un œil sur la Jeune Dévouée. Son attention était portée tout autrement. Peut-être sur ces murmures, peut-être à détecter d’autres choses de manière extrasensorielle. Enfin, elle acquiesça une fois comme à son habitude.

    - Viens là Kahlan.

    Celle-ci s’exécuta, bien que son cheval commençant à s’agiter. Le souffle fort par les naseaux, à secouer de la crinière, quelques frottements aux sabots prémices d’une peur. Très bas, elle reprit.

    - Y’a du moche là. C’est quoi, les anciens qui parlent ? On tente de nous corrompre ?

    La sensation était vraiment pesante, et pas seulement car elles étaient toutes deux servantes de la Lumière. Le mélange était celui d’un regroupement d’assassins tapis au nombre d’une trentaine mais pas à verser dans la dissimulation, vraiment à emprunter les travers profonds de l’Ombre pour échapper visuellement à tous et la résultante d’un grand sortilège noir qui se serait emparé de toute cette grande zone qu’était la place centrale.

    - Non, ce ne sont pas les anciens, juste des mots, d’autres inaudibles… et du Thalassien.

    - … Vengeance … Le pardon n’est plus… Mort...

    - C’est quoi ça, un rendez-vous de Ren’dorei ?

    - … Mort … Mort ...

    - Je ne sais pas, Kahlan. Sur tes gardes, lui intima plus fermement celle-ci.

    La Templière clôtura ses paupières, sa dextre tendue pour prendre connaissance via la Lumière de ce qu’il se tramait. Elle n’observa plus ou moins qu’un amas volatile, invisible, fin et pourtant si présent d’Ombre. Un amas si fin et pourtant si chargé qu’il devait contenir quelque chose de conséquent derrière son voile. Impossible même de trouver le point réel d’ancrage du sortilège en cours. Ces assassins venaient de se regrouper avec une rapidité d’exécution exceptionnelle, mais surtout, ces murmures témoignaient d’une maîtrise peu commune de communiquer via un autre monde.

    - … Siniu… Shilm’na’ek…

    Pleasance mit finalement pieds à terre, lentement elle extirpa le fer de sa lame du fourreau. Il vint à tinter et crisser de cette habituelle et même façon. De cette façon si contrôlée, si délicate et pourtant assurée. De cette façon dont les bourreaux prennent plaisir à déguster les quelques instants avant qu’ils ne rendent sentence. Mais surtout, le fer intima dans une finesse pareille aux arts que si Justice devait être rendue, elle se ferait dans les prochains instants. Eirin, suivit le mouvement, d’une main empoigna sa lame, bien que parfois trop lourde suivant les situations, et de l’autre s’empara des conductrices de sa monture devenue encore plus nerveuse.

    - … Une nouvelle chance de réussir … Et vous d’échouer ...

    - S’il vous faut jouer de quelques duperies pour nous approcher, alors elles sont vaines. Écourtons, notre chemin est encore long et nous avons à faire. La Lumière a déjà demandé condamnation.

    Le cheval d’Hargreaves continuait d’observer dans le vide de son regard blanc, comme amorphe. A croire que la lourdeur de sa cavalière lui pesait sur l’esprit. La Templière le laissa en plan. Sa main droite moulinat son imposante épée une unique fois, pas non plus sur ses gardes pour autant, d’une assurance à toute épreuve. Assurance qui devait parfaitement déteindre sur la Jeune fille qui la précédait, doublé d’avoir été une tête brûlée capable de tuer une liche à coup de lance-pierres.

    L’Ombre satura de plus en plus l’atmosphère. C’était une ombre particulière, loin d’être mêlée à la corruption que dégage le vide, la noire arcane et le néant… C’était une Ombre passive et pourtant bien au devant de la scène. D’ailleurs quelques particules commençaient à se former ici et là, comme des petites plaques de brouillards lévitent et vont les frais matins, à la seule différence d’une couleur noire.

    - … Phalange… Échec…

    - Bordel, ils nous connaissent. Ouais, bah cassez-vous avant qu’on vous dérouille, bande de cons ! On est deux mais on va vous la mettre !

    La senestre de la Croisée désigna un proche arbre, vieillissant qui ornementait autrefois le lieu. L’Écuyère tira sa monture, l’œil alerte pour l’accrocher et revenir plus proche de son Mentor.

    - La Cathédrale ne doit pas être exclue de ce qu’il se passe, souffla sans appel Pleasance en tournant ses yeux sur le lieu.

    Quand enfin le regard des deux se braqua sur les imposantes portes closes, c’est une silhouette décharnée, volatile, noire et fumante qui se tint. Immatérielle, pareille à un mirage, elle apposa ce qui faisait office d’une main sur le bois pour l’ouvrir et pénétrer au dedans. Tout cela avait la négative connotation d’être une invitation macabre à pénétrer aux dedans de la cathédrale. A peine venait-elle de franchir les portiques et s’estomper au cœur de l’église que les murmures se turent, la sensation oppressante de paire.

    - On a affaire à quoi, là ?

    - Quelque chose qui veut s’amuser avec nous et que l’on doit éradiquer.

    - Ils ne sont pas plusieurs ?

    - Ça ne sera jamais pire que ce que tu as déjà vécu Kahlan. La Lumière est avec nous. Nous ne laisserons pas un lieu se faire profaner de telles présences.

    La démarche lente et lourde, la Championne d’Albâtre pris les devants, suivie à juste hauteur de sa Disciple.









    Le Duo immaculé venait de passer le porche, aux devants et à l’intérieur, à pleinement faire face à la nef. Les bancs étaient nombreux, parfaitement alignés et loin d’avoir subi les affres du temps. Les colonnes se dressaient avec solidité, elles-mêmes branches d’autres colonnettes engagées qui voûtaient le dedans de la bâtisse. Le temps a demi-clair dans les teintes bien que pluvieux offrait un spectacle acceptable en donnant directement dans des vitraux remarquables. L’endroit se voyait orné de confessionnaux au bois encore ciré. Et même si âme qui vit n’avait pas pénétré dans son dedans depuis un grand moment, des bougies et des cierges brûlaient et oscillaient avec volupté.  

    - Jamais tu ne dois sortir ton arme à d’autres fins que les prières, d’une confession ou d’un pardon au dedans d’un bâtiment Saint. Mais tu feras exception cette fois, Kahlan.

    Le Maître d’autel imposant et beaucoup plus lointain, bien que droit devant elles, se tenait rehaussé de quelques marches sur une plate-forme circulaire emplie de dorures.

    C’est là qu’elle les attendait. La silhouette décharnée, élancée et proche d’un trouble visuel n’était plus. Des bottes montantes de cuir d’un noir corbeau enlaçaient très probablement un pantalon tout aussi proche du corps. Seulement, un grand manteau traînant cachait de tous regards le reste qui pouvait composer cette tenue. Capuche sur la tête, les manches étaient pleinement prises par des gants métalliques et noircis similaires à un pan d’armure. En le travers du bassin et légèrement en biais, le fourreau d’une épée parfaitement harnachée et contenant son arme. Impossibilité même de constater quoique ce soit de ce sombre invité. Son visage était tapissé dans une noirceur qui étouffait toute lumière. A défaut, c’était bien une ombre volatile pareille à de la brume et épaisse qui émanait de cette personne, de cet appendice de cuir sur la tête, que des épaules si ce n’était les bras. Bien élancée trahissant ainsi un quelconque sexe féminin, il était réellement à douter de l’humanité de cette chose, bien plus à la qualifier d’entité.

    La commissure droite de la lèvre de Pleasance tressaillit subitement d’un dégoût profond et d’une colère sourde. D’ailleurs la prise sur la fusée de son arme se raffermit-elle, le cuir craqua quelque peu sous la poigne lourde de la Guerrière. Eirin plissa son regard sur l’Entité plus au loin, soutenant maintenant sa lame à deux mains, prête à en découdre mais encore à se demander de quoi il allait en ressortir de cette Chose. Enfin, l’Ombre elle ne bougea pas d’un poil, comme focalisée sur le duo.

    Le temps s’écoula, dans un silence parfait. Le plus troublant pour la Templière parfaitement braquée sur ce qu’elle voyait était qu’elle n’émettait rien. Il était entièrement possible de voir ce voile obscur s’extraire de cette silhouette mais rien. Un magicien aurait été à l’œuvre à se jouer d’elle par un quelconque subterfuge et illusoire que le résultat en aurait été le même.

    Hargreaves parcourut vivement l’intérieur de la bâtisse afin de supputer d’autres choses, mais rien. Enfin en revint-elle à ses devants.

    - Je suis le Templier Hargreaves, de l’Ordre de la Phalange d’Albâtre. Exécutante de la volonté du Conclave et de sa Très Sainte Lumière. Je mène avec moi l’Escuyère Kahlan de l’Ordre de la Phalange d’Albâtre. Décline ton identité et reste coi, il n’y aura point d’échauffements.

    Le silence, encore. Long. Eirin lorgna sur Pleasance afin de savoir quoi faire mais surtout pour lui intimer, qu’une nouvelle fois, elle était prête et lui serait fidèle pour la suite. La Croisée plissa en tout et pour tout son regard vers sa Jeune protégée, dans une incertitude même. Elle avança doucement néanmoins.

    - Nous venons d’être les témoins d’une noire machination qui s’est desrôber en ce lieu même. Nous sommes appelées à défendre la Très Sainte de toute profane malechevance. Êtes-vous fidèle de la Lumière ou son ennemi, et le notre ?

    Le binôme immaculé s’enfonça davantage au sein de la nef pour n’être qu’à une vingtaine de mètres de l’Entité. Définitivement typée féminine, quelques cheveux blancs, longs, dépassaient de la capuche, toujours aphone et figée.

    Très bas, Pleasance souffla pour sa voisine un :

    - Prépare-toi, l’instant arrive.

    La dextre de la Templière se tendit en direction de la silhouette. Afin de la sonder directement, elle rayonna d’une chaleur bienfaitrice pour finalement fuser droit devant. La Lumière vint directement et étrangement brûler une partie de la tenue noire, à l’épaule, quand enfin la chose recula de paire. Quelques râles étranges se firent entendre d’un peu partout, pareils à ces diverses voix qui avaient assailli le duo peu de temps avant. Pleasance dressa une garde à la couronne instantanément, prête à répliquer. Mais rien sur le moment.

    - Ennemie de la Lumière, fit fuser prestement et très bas la Championne immaculée avec répulsion. Enfin vint-elle a réciter ses mots, les mêmes qu’habituellement devant une telle chose… Je jure de servir fidèlement le Conclave et l’Ordre en toutes occasions. Je jure de ne jamais me détourner de la Sainte Lumière et de combattre les ténèbres. Je jure d'être fidèle aux valeurs de l'Ordre que sont la Pureté et l'Honneur. Je serai un exemple pour mes frères d'armes, mais également pour tous les autres…

    Doucement la silhouette de quelques doigts vint se saisir de sa capuche …

    - Je serais le bras armé du Conclave, un serviteur de la Lumière éternelle, un rempart contre les ténèbres et la barbarie.

    Peut-être Eirin se risquait-elle, muette à réciter à son tour les mots de la Templière, comme par usages de les entendre. D’ailleurs, un fin sourire se dessina en coin sur les lèvres de la jeune fille, sachant avec pertinence que la condamnation de cette entité était déjà achevée.

    - Je jure enfin de respecter ce serment sacré jusqu'à ce que la mort me prenne et me ramène auprès de la Lumière.









    Quand enfin les derniers mots de cette grande Femme résonnèrent dans l’enceinte, de concert le visage d’un semblant d’une Sin’dorei, aux yeux embrumés d’une noirceur vaporeuse passant comme aux travers d’orbites veufs, se dévoila. Des veines noires parcouraient l’entièreté d’une peau de porcelaine, témoin d’une corruption accrue et pourtant en rien elle ne ressemblait à une enfant du vide. Elle susurra quelques mots à son tour.

    - Par la Lumière et par ma main, je fais la promesse de te condamner. Honneur et Pureté !
    - Comme je le veux. Mort.
    - Honneur et Pu-… Oh la salope !

    Eirin venait d’entamer les mots de l’Ordre quand enfin ce visage ennemi refit surface dans sa mémoire. Ce même visage qui autrefois paraissait plus vivant. Cette même Sin’dorei qui, sortie de nulle part, l’avait poignardé avant de sèchement se faire rabattre au sol par Dereliore et mourir d’un grand coup de fléau, en Lordaeron. Comment était-ce possible ?

    Casque sur la tête, la lame de Pleasance commença à traîner au sol au fil de sa lente, vindicative et connue avancée, les dents serrées. En position d’offensive, l’œil d’Eirin commença à briller, déterminée à laisser pour de bon au passé quoique ce soit que cette elfe fut devenue.  

    Dévoilant deux lames courtes dans ses mains, l’Ombre prit appui sur les marches pour foncer en direction de l’Écuyère. A une allure loin d’être naturelle et laissant une grande traînée noire derrière elle, l’Impie flanqua un sévère coup de pied au visage de celle-ci, l’envoyant, de fait, valser dans les bancs malgré le poids de son armure en plaque. Eirin s’encastra dans le bois, le faisant craquer, non sans tousser. Le regard de Pleasance venait à peine de réaliser que sa cible n’était plus devant elle qu’elle se fit lacérer la protection au mollet d’une entaille. La Croisée crispa davantage la prise sur la fusée de son arme sous une fureur latente qu’elle se rua à son tour avec une rapidité surprenante qui faisait briller son grade de Templier, pour prendre l’Assassin au cou de sa main libre. Dans cette course lourde en l’étranglant, elle la fit percuter de plein fouet une colonne qui s’effrita doucement de quelques poussières. Clouée et les pieds ne touchant plus le sol, la Croisée arma sa claymore pour embrocher sa cible entravée afin d’écouter l’entrevue. A peine la lame vint-elle a toucher une partie du cuir au ventre de l’Ombre que celle-ci s’évapora. L’épée percuta d’estoc et à plein fouet la pierre taillée, dans un tintement puissant. Rompue au combat, il n’en fallait pas long à Hargreaves pour se retourner à temps et contrer un sombre tour de cette Assassin qui venait de fondre sur elle, dans le dos, depuis deux bons mètres. Encore un tintement sous parade.

    Eirin se releva des débris de bancs, non sans pester. Les traits froncés elle reprit sa lame, échouée quelques espacements proches.

    L’Assassin fondit sur le genou droit de la Templière, lame en avant, pareille à celui qui s’essayera à plonger sur son ennemi. Prévenante, la claymore de la Lumineuse barra route. Sans la toucher, l’Assassin disparut dans une sorte de brèche ténébreuse, à hauteur de la lame pour réapparaître vers le flanc de sa cible, entaillant de nouveau avec succès.

    Comme d’une réponse instantanée à la douleur, Pleasance émit un râle avant d’envoyer sa lourde botte au visage de l’Entité. Celle-ci gicla purement sur quatre mètres, enfonçant courtement le mobilier présent mais surtout à dégringoler contre.

    - Elle est morte ?

    - Non, reste alerte, elle va vite.

    Kahlan se rapprocha de Pleasance, dans un dos à dos presque parfait, bien qu’espacées pour la liberté de mouvement. C’est dans cette faille qu’apparue une nouvelle fois l’Entité. Son corps bien physique entra en contact direct avec les Guerrières d’Albâtre, et pareille au chat gênant que l’on voudrait expulser lorsqu’il veut se glisser derrière nous, Eirin et Pleasance se retournèrent l’une dans une frappe montante, l’autre dans une descendante. Les lames des deux se percutèrent aussitôt, l’Ombre ayant déjà filé. Les deux se regardèrent dans les yeux.

    Un craquement, vers les bancs. Les sens alertes de la Jeune fille au cœur battant le repérèrent, et d’une main un châtiment naquit pour fuser sur son ancienne et actuelle ennemie. L’orbe fit mouche, la tenue de celle-ci commença à s’embraser, comme si cette brume et ce cuir n’étaient qu’une seule et même chose. Divers cris, venant de tous les horizons.

    - … Rrrrrrrrrrrrrh ! …
    - … Douleur… Lumière…
    - … Factice… Elle sera votre perte…
    - … Bando’hsa lort’nah …

    La Templière ne manqua pas l’occasion de s’élancer instantanément que la cible fumante rampait courtement à quatre pattes entre les bancs. D’un coup de pied bien senti elle tapa dans l’une des lames de cette Assassin pour la désarmer et de son poing gauche, la prenant par surprise, la gratifia d’un coup puissant qui percuta son crâne théorique pour que lui même sous l’onde tape contre le sol. Un craquement sinistre se fit entendre et le regard de la Touchée ne se clôtura que pour quelques instants, presque déconnectée de cette terre. Elle se dissipa en une brume éparse pour filer en dessous des bancs et réapparaître, à genoux une main sur la tête en le plein milieu du Maître d’Autel. Ce n’était pas du sang qui s’écoulait mais plutôt des parties de son visage qui s’effritaient dans ce même brouillard noir. Quelques tâches ténébreuses et visqueuses sur le sol souillèrent néanmoins les soieries.

    Eirin avança alors en sa direction, parfaitement concentrée sur la chose qui allait prochainement rendre âme. Une main en avant, c’est un nouveau châtiment qui vint piquer profondément celle-ci. De nouveaux râles qui ne prenaient pas pour source sa bouche se firent entendre, encore une fois.

    - … Vous me demanderez pitié, pour ça…
    - … Vous ne l’aurez pas …
    - … Telsha’jek’la… Melh…
    - … Mort …

    Enfin, un éclair continu, crépitant et intense de pureté relia le reliquat de cette Sin’dorei à l’Inébranlable tout en rugissant un :

    - Le règne absolu de la Lumière ne fait qu’avancer, Convertissez-vous si vous le pouvez, croyez ou brûlez !

    L’entièreté de l’Assassin se fit foudroyer avec puissance. Des pans de tissus étranges et magiques suintèrent, rougeoyants sous cette révulsion à la Lumière. Une bonne partie de son corps et de sa tenue prirent instantanément feu, et un large brouillard commença à s’évaporer autour, comme sous une purge forcée. Enfin l’Entité rugit dans un râle atroce, la bouche enfin ouverte. La voix presque féminine mais tintée d’autres tonalités diverses :

    - RRRRAAAAAAAAAAAAAAHHHHRRRRRRRRRRRRR !!!!

    Le Templier d’Albâtre avança, son regard ne faisant que croître d’intensité, les effluves dépassant largement du travers de ses yeux. Elle y prenait un plaisir non caché de par cette puissance à voir défaillir son opposante. Elle était un rempart de Pureté face aux Ténèbres, et si jusque là rien ni personne n’avait su la faire tomber définitivement, ça n’allait pas être aujourd’hui, de surcroît en supériorité numérique. Et quand bien même, était-elle prête à faire face à de multiple assaillants.

    - Tu ne profaneras plus jamais un seul lieu Saint dans ta pitoyable existence, je laverais l’affront de ta présence de ce monde. Tu vas connaître la mort !

    Les foudres de l’inquisition crépitèrent d’arcs exceptionnels, secs et cinglants. Même venaient-ils lécher et brûler par extension non-contrôlée quelques morceaux des tapis ornés au sol, mais la Lumière saurait rendre grâce de ce désagrément après quoi, c’était certain.

    L’Assassin se crispa, le dos arqué, les doigts étirés, sa dernière lame tombant au sol. Ne pouvant que crier sous le sort qu’on lui infligeait. Le feu la consumait de plus en plus, s’emparant de l’entièreté de son corps. Quelques flammes tournèrent néanmoins au violet, durant ce bûcher improvisé.

    La Croisée lâcha finalement prise, à un mètre de celle-ci, la claymore côtoyant la proximité de la tempe supposée de la Condamnée, alors qu’elle s’affaissait au sol sous ce douloureux et presque létal assaut sacré. Avec toute l’amertume et l’écœurement qu’on lui savait, Pleasance brandit son arme, prête à mettre un terme à l’affrontement.









    Les flammes prirent de plus en plus la couleur violette, que la tête baissée et les doigts s’agrippant au tapis l’Assassin se voyait éprise d’étranges convulsions. De ces mêmes convulsions que l’on observait dans quelques rares centres de soin pour les blessés profonds. De ces convulsions qui s’emparaiennt de quelques déréglés mentaux plongés dans une folie hilarante. Si les rires n’étaient pas présents, il n’en fallait pas long à Eirin pour observer un large sourire sur le visage de la Condamnée. Un sourire dément, bien qu’elle continuait de se consumer devant elles.

    Enfin quelques bas mots, en commun … :

    - Je connais… déjà … la mort …

    Un voile épais et bouillonnant se déploya sous l’Entité pour l’englober dans une profonde cape nébuleuse, mettant terme aux flammes. Celle-ci s’estompa de fait devant Pleasance, qui n’hésita pas à trancher au même moment, ne trouvant au mieux que la pierre de cette courte estrade de laquelle elle se trouvait.

    - Il s’est passé quoi, là ?

    - Elle vient de se cacher. Elle est proche de rompre, et proche de nous.

    Les deux Combattantes reprirent position, le regard acéré. L’ouïe sur le qui-vive.

    - … Assez de jeu… Dans le monde futile… Changer la donne … Plongeon vers les Ténèbres …

    - Eirin, fais attention, à toi.

    Si la Croisée entendait parfaitement ces murmures, il en était autrement de la Jeune disciple qui ne fronçait pas même un sourcil, ni à rétorquer une quelconque rixe.

    Quelques particules légères commencèrent à s’emparer de l’intérieur de la Cathédrale, comme si la poussière se faisait visible sous le soleil et qu’il était possible de la voir tranquillement voleter. Enfin le gris de la pierre trouva une teinte améthyste, les vitraux se ternirent pour devenir violets, les dorures virèrent aussi pour cette même couleur.

    Dans le lointain, un nom. Prononcé par une voix relativement jeune. Venant de derrière la Croisée. Une voix qu’elle connaissait bien depuis maintenant quelques temps. Une voix qui l’accompagnait dans ces derniers périples. Une voix avec laquelle elle partageait. Et généralement, quand ce même nom était prononcé, c’était qu’une chose grave allait se passer. L'élément pernicieux était de savoir s’il fallait l’écouter ou non, elle était criée mais si lointaine, si éloignée de tout. Comme dans des songes perdues. Pleasance tourna la tête pour voir une Eirin désemparée et affolée à observer frénétiquement autour d’elle, comme si elle venait de perdre quelque chose.

    - Pleasance… Pleasance… Tu es où … ? Pleasance… puis cette voix… Pleasance… bien plus proche… Pleasance …

    Tout devint subitement plus noir, et quand la lumière revint sur scène, c’était toujours dans cette même cathédrale. La Croisée était au même endroit, dans le même état, son épée en main.

    Sentir se faisait pénible, pareil à l’approche d’un volcan. Une odeur de soufre intenable. Quelques réminiscences de rejets âcres et âpres, comme de vieux bibelots traîneraient dans un grenier. C’était là, l’odeur rance de la Mort … On aurait dit qu’un filtre violacé s’était emparé de l’entièreté du monde et de l’environnement. La température venait de largement chuter, même si la fine pluie ne se faisait plus entendre aux portes.

    C’est d’ailleurs aux portes qu’elle se tenait. Cette Ombre, loin de ressembler pleinement à celle qu’elle était dans les derniers instants. Bien plus vivante, loin d’avoir de quelconques traces de corruption par des veines refaisant surface au visage. Elle se tenait dans une robe ample, prestigieuse, traînante. Aussi les tissus semblaient-ils fait d’Ombre. Ses drapés fumants paraissaient parfois palpables, parfois intangibles. La surprise était clairement de constater, à défaut de ce précèdent manteau étrange, que ses vêtements se mêlaient à son propre corps, tout aussi instable et fuyant. L’allure impériale, les mains découvertes affichant de grands ongles vernis certainement noirs comme ses lèvres. Les yeux surlignés grossièrement, là aussi. Elle était bien plus cruelle, déterminée d’ailleurs. Royale. Mais surtout … bien entière et loin de rendre vie. Une rapière richement ornementée et délicatement forgée à sa taille.

    Eirin n’était pas là, elle …

    - Où est Kahlan ? Qu’as-tu fait de Kahlan ? Rugit la Templière en direction de la sortie qui était aussi l’entrée.

    - Elle n’est pas là. Elle est restée. Tu ne comprends toujours pas, alors ?

    - Où est-elle restée ?! Par la Lumière, tu vas rendre gorge !

    La Croisée avança bien plus rapidement pour rejoindre l’elfe qui commençait déjà à sortir lentement dehors.

    - Ta Lumière ne t’aidera plus ici… Mais viens, je t’attends.

    Une fois au devant, Pleasance déboucha sur cette même place. Dénuée cette fois des corbeaux, des deux chevaux mais surtout et toujours d’Eirin. Le monde toujours recouvert d’un voile améthyste inexplicable. Une allée d’honneur avait été dressée par quinze sujets à droite puis à gauche. Ils étaient divers, des réprouvés, des elfes, des elfes typés Kal’dorei. C’était bien difficile de les reconnaître, de fait que leurs regards ne brillaient pas le moins du monde ici. Ils étaient parés de vêtements classiques et typiques des régions d’où ils venaient, parfois troués. Tous paraissaient livides, apathique... sans énergie.

    Au fond de cette allée, cette même Royale, dans sa robe, qui l’observait.

    Pleasance prit un large temps à focaliser son regard là où elle avait laissé sa monture.

    - Mais … Qu’est-ce que…

    C’était bien de l’incompréhension que trahissaient ces quelques mots.

    - Où est ton destrier ? C’est ça ? L’Ex-elfe se fendit d’un rire. Je te l’ai dit, tu n’es pas sur ta terre, mais dans mon Royaume. Le Royaume des Ombres, le Royaume de la Mort. Ta Lumière t’a abandonné ici. Tu es au cœur de Ténèbres insondables, et c’est un privilège.

    Effectivement la Templière n’émettait plus aucune effluves au regard. D’ailleurs vint elle à retirer son casque, dévoilant un faciès crispé et tourmenté.

    - Comment est-ce … possible … ? Qu’as-tu fait ? Celle-ci observa sa lame qui surbrillait d’une aura dorée, ici dissipée. Son cheval n’était plus, tout cela avait sens. Mais c’était un véritable cauchemar. Son premier réflexe fut de crier en tendant sa main droite : JUDICA DOMINE NOCENTESMI, EXPUGNA IMPUGNANTES NE.SIC PEREANT PECCATORESA FACEI LUX !

    Et si dans les temps normaux, huit orbes partaient pour filer avec puissance sur son opposant, matérialisation de son propre courroux divin, il n’en était absolument rien cette fois. La Croisée, entrouvrit la bouchée, le souffle coupé, elle observa avec une certaine crainte sa main. La Lumière venait de l’abandonner pleinement. Pas même ne lui chuchotait-elle.

    L’Ombre haussa les épaules, d’un air navré avant de lui offrir un sourire acéré.

    - Je te prie de croire que j’ai souffert de ton assaut pour arriver à cet instant. Et je me souviens pleinement de toi, de celle qui voulait s’en prendre à ma Maîtresse dans l’autre plan. Jamais je n’aurais pensé tomber sur toi, mais j’en suis pleinement contente. C’est la Haute-Elfe que je recherchais pour lui faire payer. Lui faire payer mon éveil, certes, mais l’on ne me tue pas de manière impunie. Ta tête sera le prix minimum pour faire comprendre à ton Ordre qu’il a été trop loin. J’étoufferais quiconque veut se mettre en travers de mon chemin. Je t’étoufferais. Et j’étoufferais l’espoir qui est en toi et ta « Divine » Lumière Puis j'étoufferais ton monde minable. Tuez-là !









    L’index venait de désigner Pleasance. La rangée d’honneur, qui finalement n’en était pas une se mit à avancer doucement mais sûrement vers la Justicière qui articula son épaule. Son regard qui maintenant se faisait pleinement voir brûlait non pas de magie sacrée mais d’une rage ardente.

    - Très bien. Venez et passez par ma Lame. Avant d’être Serviteur de la Lumière, j’étais Chevalier et je suis Templier. Si la Lumière ne saurait poindre, c’est moi qui la ramènerais. Vous ne serez pas trop de votre nombre. Commence à implorer ma pitié, Reine Impie, ton règne prend fin maintenant ! Je casserais une à une les briques de ton royaume !

    - Arrogante idiote, laissa-t-elle glisser à basse voix entre ses dents, teinté de mépris.

    La Croisée se saisit à pleine poigne de sa lame en articulant sa mâchoire et son épaule, déterminée et implacable. Un court moulinet avant de prendre position offensive. La vague arrivait doucement, munie de diverses lames tantôt de facture humaine, tantôt de facture elfique. La foule était très peu ordonnée et au contact, Pleasance commença à jouer de sa botte et de quelques coups de coudes trop appuyés. Des têtes se virent énuquées sous la violence de la contre-offensive, d’autres gravement blessés au crâne et une bonne partie se retrouva à terre. L’effet jeu de quilles jouant pour beaucoup.

    La Templière batailla contre cinq opposants, donnant du bout de fer pour les tenir à distance et saisissant les bonnes opportunités pour taillader sans tuer, hélas, les quelques qu’elle pu. Enfin les cinq se ruèrent sur elle au même moment pour l’acculer. Trop serrée, il était impossible pour Pleasance de batailler. Elle donna un premier coup de crâne en arrière d’un de ses agresseurs, et sous la douleur qu’elle infligea et s’infligea hurla davantage pour en redonner un autre, puis un troisième encore. Le résultat fut peu ragoûtant quand les dents ennemies volèrent, la bouche ensanglantée. Un coup de genou puissant trouva l’entre-jambe d’un autre qui directement se tint la zone à deux mains, elle enchaîna de fait en le repoussant au bas des marches de son pied. Avec rage, elle gonfla ses muscles pour se défaire, collant de nouveaux coups de crânes avec une brutalité inimaginable.

    Réussissant à prendre de l’espace, elle broya littéralement entre sa poigne le cou et le cartilage laryngée d’un. Ses mains trouvèrent le crâne d’un autre pour le compresser et le réduire en bouilli dans des craquements macabres.

    Impuissante, un œil commençait à tiquer de la part de l’ex-Sindorei qui voyait cette trentaine s’écrouler au fur-et-à-mesure d’une fureur lente mais dévastatrice.

    Enfin à empoigner de nouveau sa claymore en main, Pleasance vint décrire divers arcs pour ne plus jamais être prise en tenaille. Certaines armes volèrent, d’autres furent simplement parées, et si l’on vint la toucher, c’est au centuple qu’elle le rendait en tuant prestement sur une ouverture de position. Le rythme guerrier de la Templière était ordonné par tenir son équilibre, garder la distance, profiter des failles, éclater le crâne d’un pied de ceux qui tombaient ou les transpercer au cou. Les morts ne s’éparpillaient pas au sol, ils s’effritaient comme des pantins de sables en des molécules invisibles ensuite. De la poussière.

    Au bout d’une dizaine de minutes, l’épée de la Croisée trouva le dernier buste debout de cette armée. Trente serviteurs, bien armés, certes peut-être mal entraînés et trop peu protégés pour faire face à une telle force de la nature. Mais qui pourrait se targuer de défaire ce nombre là d’ennemis ?

    Templier d’Albâtre. Championne Immaculée. Le bras armée de la Lumière. Pleasance était une bretteuse hors paire, brutale, qui avait un répondant extraordinaire même une fois sans son arme. Tout devenait dangereux alors. Les proches pierres où trop de crânes se fracassèrent sur leurs dessus, ses mains qui empoignaient bien trop souvent les têtes nues de quelques ennemis pour les faire céder sous une force incomparable pour une humaine, même s’était-elle déjà saisit de chaises pour empaler un ennemi d’un des pieds de bois.

    Le poing fermé et s’essuyant franchement la bouche, elle haleta, épuisée et recourbée sur elle-même en observant celle qui l’avait poussé à commettre ce génocide de sbires. Si cette réalité n’était pas la sienne, son corps ressentait encore les douleurs de la précédente campagne en Nazmir et elle venait de se battre comme un beau diable. Ses traits étaient tirés, les yeux petits. Quelques veines proéminentes attestant d’une rage inextinguible cependant.

    Enfin elle serra les dents une énième fois en touchant courtement cette épaule qui l’avait fait souffrir le mois d’avant, embrochée par l’un de ces barbares trolls de sang.

    - Maintenant… Commence à supplier ta mort, parce qu’elle arrive. Je ne m’arrêterais jamais.

    Cette même rage se lissait dans le regard de l’Ascendante d’Ombre accomplie.

    - Quand je t’aurais tué, tu auras l’honneur d’être mon chien personnel, je prendrais un malin plaisir à te faire comprendre à quel point je te dépasse, et tu me serviras, Templier.









    La Croisée s’avança plus doucement mais tout aussi lourdement. L’Ombre à son tour. Si ses talons claquaient sur les pavés encore présents, bien vite ils se turent. Sa tenue se modifia d’une façon inexplicable, lui faisant revêtir ce long manteau de cuir, ses avants-mains et mains armurées et son épée qui barrait le creux de ses reins à l’horizontale. De l’intérieur et à la ceinture, elle en extirpa deux lames, courtes. Des dagues tortueuses, loin d’être soignées dans la conception, malsaines.

    La Templière au contact brandit son épée par dessus sa tête pour l’abattre sur l’Ascendante. La parade fut une réussite à la seule contre-partie de l’avoir faite se détourner sous la force d’impact. La Croisée réitéra dans un profond grognement attestant de son essoufflement et pourtant tout aussi puissant. Son Ennemie dévia bien plus haute la claymore d’une de ses lames, une nouvelle fois éprouvée physiquement sous l’assaut. Sans relâche la botte de Pleasance trouva appui sur la cage thoracique adverse, à bonne hauteur pour l’enfoncer comme une porte. L’Ex-Sindorei fut rabattue au sol avec violence, en attesta le bruit du choc, pour finalement rouler quelques mètres en arrière. Cette dernière tenta tant bien que mal de se stabiliser. Toujours au sol, sur les fesses à voir venir la Templière sur elle, l’Ascendante balança d’une vitesse phénoménale l’une de ses lames ,désormais fumante dans la traînée, qui décrivit la trajectoire, pour pénétrer d’une vingtaine de centimètre dans la cuisse droite de son opposante. Pleasance ragea avec hargne, les yeux exorbités. Elle se saisit de la dague pour la retirer immédiatement sans ménagement et l’éjecter à des mètres de là dans des bruits métalliques. Son avancée n’était en rien entravée.

    - Je ne m’arrêterais… Jamais.

    L’Ascendante commença à reculer, sur les mains, toujours au sol, devant cette marche inarrêtable. Un court instant, elle s’ancra, les traits crispés, sa dernière courte lame à filer entrer ses doigts comme un jongleur de couteau. Celle-ci arma longuement pour l’envoyer fuser une nouvelle fois dans une traînée nébuleuse. La lame virevolta étrangement en décrivant une légère courbe puis s’encastra dans l’épaulière droite de l’humaine qui s’interrompit et hurla une nouvelle fois. La taille était plus profonde cette fois.

    La pointe de l’épée de Pleasance venait de toucher le sol sous la douleur. Dans une grimace jamais connue, sa senestre s'agrippa à la fusée de cette deuxième dague et plus lentement encore la retira de son épaule. Le sang maccula un peu plus l’armure autrefois vierge et blanche de la Guerrière.

    Puis toujours en continuant, cette dernière souleva encore sa claymore pour l’abattre sur l’Ascendante encore au sol. L’Ex-Sindorei contra, extirpant avec vitesse et in-extremis la lame de son dos. L’épée était comme les deux autres armes, faite d’une matière ondoyante, morbide, impure. Comme l’on connaît la saronite, à la seule diffèrence qu’il n’en était rien.

    Une bataille de force éclata entre la Chevaleresse qui ramenait dangereusement l’avantage à elle et l’Assassin qui tentait de résister à deux mains. La Templière agita sa main gauche libre dans les airs, en criant quelques mots :

    - Lumière, accorde-moi ta force. Fais de moi ton bras armé, ton plein serviteur. Permets-moi de venir à bout de tes ennemis et des ténèbres. Choisi-moi pour te représenter...

    L’Ascendante crispa sa machoire dans sa lutte.

    - J’irais avec loyauté jusqu’aux portes de la mort et dans l’au-delà pour brandir tes couleurs et ton étendard ! Je t’en prie, viens-moi en aide alors que je te demande. Je purgerais ces terres du mal profond !









    Les yeux de son adversaire s’écarquillèrent quand enfin une lueur naissante prit forme à l’extrémité des doigts hauts portés. Une lueur si petite, si fine et pourtant si agressive pour celle qu’elle était. Rien de cela n’avait été prévu. Rien de cela n’était théoriquement possible. Comment la scène pouvait-elle être réelle ? Était-ce là le réel Parangon et l’Incarnation même de la Pureté Inébranlable ? L’Élue et la Protégée de cette énergie Divine. Au fil que le sort grandissait, Pleasance beuglait avec férocité.

    Enfin sa main projeta ce chatîment en direction de l’ex-elfe qu’elle tentait de maintenir en respect. Celle-ci s’évapora immédiatement en une brume noire et épaise, intangible.

    - ASSEZ !

    Des particules brûlèrent aussitôt. À cinq mètres, elle réapparu dans le dos de la Templière, le regard embrasé d’une animosité incommensurable. Les paupières de l’Ascendante frémissaient frénétiquement et neveusement de manière incontrôlée. Son regard ne cillait pas d’un pouce, totalement concentrée sur l’humaine. Parfois quelques spasmes au visage ternissaient définitivement toute sanité d’esprit restante. D’une voix sans appel :

    - Ici, tu es chez-moi.

    Pleasance haletait encore de cette inesperée offensive, elle se retourna pleinement pour lui faire face, mais déjà l’Ascendante n’était plus qu’une nuée d’Ombre qui lui fonçait dessus. Sans trop savoir si on venait de lui passer au dedans ou non, la Templière vit une nouvelle blessure ouverte entailler sa cuissarde gauche, tracée par le bout de cette lame noire. De nouveau dans son dos, l’ex-Sindorei reprit forme, brûlante de son énergie noire. Son poing forma une boule instable et étrange, magique c’était certain.

    - Les Ténèbres… me nourrissent… Je suis Ténèbres ...

    Pas même n’avait-elle haussé la voix. On aurait dit là le monologue saccadé d’une personne définitivement seule et perdue qui parlerait à divers personnalités intérieures. Une giclée de lames noires magiquement matérialisée se planta dans le dos de la Templière qui cria en écartant les bras, tiraillée.

    - Intouchable… J’ai surpassé la mort …

    L’arrière ensanglanté, la Croisée se détourna pour retrouver position de face contre cette sombre Entité. De manière inexplicable, des failles s’ouvrirent tout autour de Pleasance, la première initiée par le passage en son dedans par l’Ascendante. Très vite elles se déployaient et se refermaient. Parfois à un mètre de son dos, parfois vers le flanc. Tantôt de face, tantôt depuis le haut. La Contestatrice du Royaume des Ombres fillait dans un brouillard étouffant de faille en faille tout en transperçant, certainement au travers, la Dame de Fer. Parfois Pleasance savait voir la lueur dangereuse de l’épée de son assaillante.

    - Je suis Ombre ...

    Beaucoup trop d’arcs parfaits d’hémoglobines giclèrent pour s’étaler au sol, s’extirpant péniblement et avec surprise de cet amas ombrageux que représentait la scène. Il était impossible de voir ce qu’il se passait d’un point de vue extérieur.

    Des grognements…

    De la colère...

    Des râles…

    De la douleur...

    Des cris…

    De l’épuisement…

    Le brouillard se concentra dans le dos de l’Inébranlable pour former l’Ascendante qui susurra a ses oreilles :

    - Je suis Mort …

    La Chevaleresse suffoqua subitement, le regard papillonnant, la bouche entrouverte comme devant un spectacle surprenant. Elle essaya finalement, de manière presque inaudible d’avancer des mots.

    - J… J…

    Sa Némésis, dans son dos, apposa sa tête sur son épaule droite, pareille à une bonne amie qui marquerait de l’affection et à l’écoute :

    - Jusqu’à… ce que… La Mort me … prenne … et me … ramène… auprès… de la.. Lumière …

    Clôturant ses yeux, l’Ascendante opina légèrement. Puis de quelques toutes aussi fines paroles :

    - Enfin… Compréhension… Mort surpasse la Lumière...

    La Reine auto-proclamée de ce Royaume venait de transpercer avec sa lame maudite l’imposante guerrière. De part en part. Du dos au coeur.

    Elle l’accompagna au sol lorsqu’elle défailli.










    Enfin les couleurs du monde revinrent et la Championne du Royaume des Ombres s’estompa, tout comme cette lame dans le cœur. Pleasance était revenue dans le plan mortel d’Azeroth, sur la place. Le sol commençait déjà à être entaché de pourpre. Eirin sur les marches, accroupit se releva pour courir vers son mentor.

    - Templier ! Heu… Pleasance !

    A niveau, la jeune fille constata la marre d’hémoglobine qui filait de l’armure. Le visage d’Hargreaves était parcouru de veines grouillantes d’un sang noir. Son visage se faisait de plus en plus pâle, la dextre au coeur, sur les genoux.

    - Qu’est-ce que … Que… Pleasance ? Ca va aller. Il s’est passé quoi ?!

    Eirin se mit à niveau, un peu désemparée. Mais très vite elle joignit ses mains pour canaliser un sort curatif et divin. Si sa maîtrise n’était pas présente, toute sa détermination pouvait pallier à ce manque. Mais à défaut de cela, Le tout provoqua que des râles et d’autres douleurs de la part de la Blessée qui commença à papillonner des yeux et défaillir encore plus.

    - Mais… Pleasance… Qu’est-… Tu vas pas m’abandonner là… Tu vas pas faire ça hein ? Ça va aller. Hey, t’en as vu d’autres, merde. Bordel, me fais pas ça, ça va pas le faire, là !

    Le cœur de sa disciple devait certainement battre beaucoup. Et déjà la voyait-on se faire violence mentalement à vouloir réussir un sort qui pourrait préserver pour quelques temps son Maître. Ses yeux se clôturèrent, les mains angoissées sur son tabard.

    Le bouclier divin et lui seul.

    Enfin une prise au poignet fit ouvrir le regard de Kalhan pour l'interrompre. Pleasance l’observait, faiblement, dans un regard bienveillant. Ce regard définitivement tendre et chaleureux. Ce regard qui attestait que tout allait bien se passer de concert qu’elle secouait doucement la tête. De l’autre main, elle vint difficilement déposer sa claymore sur ses genoux. La Championne d’Albâtre sourit comme jamais en susurrant quelques derniers mots :

    - Ils sont… à toi… maintenant… Tu es... ma Fierté...

    Enfin, la lueur argentée et pure au regard de la Croisée se ternit pour disparaître. De fait, qu’étrangement, derrière, ce même cheval qu’elle avait laissé en plan s’estompa dans l’atmosphère. Pleasance s’écroula pour de bon au sol, les yeux vides, fixée sur Kahlan. L’équin se transforma en particules dorées, tout comme une pluie divine puis fusa au centre de la couverture du libram qu’elle possédait pour former un cristal.

    Ce même libram que Pleasance lui avait donné avant qu’elle ne devienne son écuyère. Ce même libram que Cadenthre d’Avesnes avait elle-même remise à l’Inébranlable lorsqu’elle était sous son aile. Ce même cheval divin que les deux avaient montés en des temps séparés : Millésime. Désormais, il était devenu la propriété entière du détenteur du libram : Eirin Kalhan. Peut-être les larmes commençaient-elles à perler aux yeux de la jeune écuyère ? Peut-être la colère s’emparait-elle d’elle ? Peut-être la peur s’initiait-elle à cette difficile équation.

    Une vive et trop courte lueur s’éleva du corps de la Templière inerte. Se séparant en deux, l’un des brins prit la direction du ciel l’autre de la claymore. Des runes venaient de s’ancrer définitivement et magiquement dans la gouttière de la lame.

    Cette lame qui avait toujours suivi Pleasance dans ses périples, même bien avant la Phalange d’Albâtre. Une lame forgée humblement par un quelconque artisan des terres de Rostynienne. Si elle n’avait aucune propriété spéciale au départ, c’est avec le temps, la persévérance, l’implacable envie de justice et la pureté que la Chevaleresse avait réussi à lui donner une âme. Elle ne le savait pourtant pas, mais son détenteur ne pouvait qu’être unique. Quelques de ses camarades l’auront sans doute plus ou moins remarqués lorsqu’il s’agissait de lui ramener son arme. Elle émettait quelque chose de néfaste, et quand bien même il fallait être un personnage de foi pour réussir à s’en saisir.

    Mais désormais, les dernières volontés de la Templière s’étaient ancrées dans l’âme même de l'objet et avaient choisi pour accomplir vengeance cette même Jeune fille… L'épée n'avait jamais eu de nom.

    D’ailleurs, dans un lointain murmure, et certainement étrangement liée à cette lame, l’Écuyère désormais veuve réussit-elle à entendre la voix de son mentor lui susurrer un :

                                             
    Ton temps est venu… Eirin Kahlan...



    Ce jour marqua à tout jamais l'histoire de la Phalange d'Albâtre où deux Championnes se rencontrèrent pour peut-être donner résultat à une troisième ...

      La date/heure actuelle est Lun 17 Déc - 7:11